Lundi 24 avril 2006

Le modèle libéral Anglo-Saxon est régulièrement présenté comme un exemple de réussite économique et social, souvent cité comme la meilleure alternative aux difficultés que rencontre le système Français. Que ce soit dans le domaine économique ou social, la France n'a pourtant rien à envier aux résultats obtenus par les Britanniques. Inégalités, créations de richesses, productivité, investissements, comparons donc, chiffres à l'appui, le Royaume Uni et la France pour déterminer réellement ce qu'il en est.




Un bilan social misérable


Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (Pnud), le Royaume Uni figure parmi les dernières places dans l'ordre décroissant des pays riches classés par niveau de pauvreté. Pour arriver à ce résultat, le Pnud se base sur un indicateur de pauvreté regroupant plusieurs critères sociaux adaptés aux économies développées :

- le taux de décès avant 60 ans

- le taux d'illettrisme

- le taux de pauvreté monétaire relatif au niveau de vie national (50 % du revenu médian)

- le taux de chômage de longue durée (à partir de 12 mois d'inactivité)

Sur les 17 Etats les plus avancés, on retrouve donc le Royaume Uni en 15ème position accompagné par les autres nations qui ont privilégié le libéralisme économique et social (l'Australie 14ème, l'Irlande 16ème et les Etats-Unis 17ème et bon dernier). La France quant à elle se place en milieu de tableau à la 8ème place, les meilleurs résultats étant enregistrés par les Etats-Providence d'Europe du Nord où, rappelons le, la redistribution des richesses par les prélèvements obligatoires est plus importante qu'en France (1- Suède, 2- Norvège, 3- Pays-Bas, 4- Finlande, 5- Danemark).


Le chômage dissimulé derrière le travail pauvre, le temps partiel et l'incapacité au travail

Avec un taux de chômage réduit à 5 %, le Royaume Uni présente une proportion de chômeurs inférieure de moitié à celle de la France. Cette bonne performance cache cependant plusieurs phénomènes pernicieux :

- le "working poor", autrement dit, les travailleurs pauvres qui se substituent à des chômeurs relativement bien indemnisés dans notre pays. Ainsi, ce phénomène peut facilement être constaté lorsqu'on observe que le taux de pauvreté Britannique (évalué selon les méthodes entre 15 et 20 % de la population) est 3 à 4 fois plus élevé que le taux de chômage lorsque la France connaît des taux de pauvreté et de chômage relativement similaires de l'ordre de 10 %.

- la flexibilité du travail concrétisée par une cruelle absence de réglementation protégeant les salariés aboutit également à des inégalités importantes de temps de travail. Le temps partiel représente en effet 23 % des emplois en Grande Bretagne (contre 13 % en France) alors que dans le même temps, 16 % des Anglais travaillent plus de 48 heures par semaine (source : OCDE).

- l'état d'incapacité au travail qui permet à des inactifs de ne plus devoir rechercher un emploi et donne droit à une allocation spécifique concerne 2 800 000 personnes alors qu'ils sont 550 000 Français à répondre d'un statut équivalent (Source : OCDE, Le Point, Alternatives économiques). Il ne s'agit certainement pas là d'une politique de santé publique plus développée puisque l'espérance de vie en Angleterre (78,4 ans) est plus faible qu'en France (79,5 ans) (source : PNUD) mais ce système apparaît bien comme un cache misère destiné à exclure du marché du travail les personnes les plus en difficulté pour trouver un emploi.



Personnes d'âge actif recevant des prestations d'incapacité et des indemnités de chômage(en milliers)
Source : Department for Work and Pension et OCDE


Si le Royaume Uni présente un taux de chômage faible, il est cependant indéniable qu'une partie des chômeurs est dissimulée derrière une voie de garage sociale destinée à ranger les moins productifs pour les écarter des statistiques officielles quand les conditions de ceux qui travaillent sont des plus contraignantes. La logique du "tout sauf le chômage" adoptée depuis plus de 20 ans se paie donc aujourd'hui par les Anglais au prix fort de la pauvreté, la précarité et l'exclusion. Reste à savoir si ce choix est judicieux sur le plan économique.


Une production de richesses équivalente mais une productivité moindre

Le niveau de performance économique d'un pays se détermine généralement par la mesure de son Produit Intérieur Brut (PIB). Cet indicateur enregistre les valeurs ajoutées de tous les biens et services accumulés en 1 an sur le territoire national. Or, le PIB du Royaume Uni s'élevait en 2003 à 30 250 $ par habitant et celui de la France à 29 410 $. Cependant, en tenant compte de la Parité de Pouvoir d'Achat (PPA), c'est-à-dire des différences du coût de la vie variable d'un pays à l'autre, ce PIB par habitant est alors ramené à 27 150 $ pour le Royaume Uni et à 27 680 $ pour la France (source : PNUD). Ces estimations n'étant pas à l'abris d'une part d'incertitude, on pourra raisonnablement admettre que les Anglais ne produisent ni plus, ni moins que les Français. Mais comment y arrivent-ils ? Très laborieusement, c'est le moins qu'on puisse dire, car la durée moyenne de travail dans l'année est de 1 673 heures en Angleterre et de 1 431 heures en France (source : OCDE), ce qui traduit une faible productivité. Concrètement, cela signifie que les Anglais travaillent 250 heures de plus pour produire autant de richesses que nous et lorsqu'on ajoute à ce constat les fortes inégalités sociales, on déduit que l'accessibilité de ce niveau de vie est bien plus réduite au Royaume Uni.

Toutefois, il est vrai que l'Angleterre profite d'un taux de croissance - c'est-à-dire d'une augmentation du PIB - un peu plus élevé qu'en France (malgré tout inférieur durant l'intervale 1998-2001 notamment) mais cela s'explique par une consommation intérieure dopée par l'endettement des consommateurs Britanniques dont le coût s'élève en effet à 66 000 € par ménage, soit une moyenne de 150 % de leurs revenus annuels, alors que dans l'héxagone, les ménages Français épargnent trop et sont globalement créanciers (ce qui tend à diminuer la consommation et à freiner la croissance).

Quant à savoir si la Grande Bretagne est plus attractive pour les entreprises, il suffit de comparer les flux des Investissements Directs Etrangers (IDE) pour se rendre compte qu'une fois encore, le modèle libéral n'est pas à la hauteur de sa réputation et c'est la France qui remporte la comparaison avec 47 milliards de dollars investis en 2003 contre 15 milliards au Royaume Uni (source : OCDE).

Par Cyril - Publié dans : democratie-sociale
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Commentaires

bonjours .

Bravo et merci pour cette exposait des faits qui vient rétablir la vérité sur le modéle britanique ,vantait à longueurs de médias.
merci.
Ps :il est utile de faire circuler ses infos.
Commentaire n°1 posté par Noel le 26/04/2006 à 11h41

Tout n'est pas à jeter quand au "modèle" anglais, mais force est de constater, qu'au délà des discours libéraux purements idéologiques, la dure vérité des résultats est bien triste.


"Une bonne politique n'est ni de droite, ni de gauche... une bonne politique est une politique qui donne des résultats"  Tony BLAIR


Si le bilan économique et social du royaume-uni est le résultat d'une "bonne politique"... prions que nous restions "mauvais"...


 


 


 

Commentaire n°2 posté par Frédéric le 26/04/2006 à 15h40

Juste une petite question par rapport au nom de ce blog.


Le terme " démocratie -sociale" fut employé pour subtituer celui de démocrate-chrétien. En effet ce sont deux  synonymes d'ailleurs dans les années 80 le mouvement héritier de la démocratie-chrétienne s'appelait "Centre des Démocrates-Sociaux".


Ce forum est-il de tendance démocrate-chrétienne ou sociale-démocrate ?


Si c'est le cas pourquoi ne pas l'avoir appelé ainsi ?

Commentaire n°3 posté par Sébastien le 07/05/2006 à 23h59
Bonjour,
Je vous ai envoyé un mail la semaine dernière, que vous ne semblez pas avoir reçu (du moins c'est ce que je déduis de l'absence de réponse !), au sujet de la photo utilisée image de fond sur le forum coeur à gauche. J'ai modifié son nom afin qu'elle n'apparaisse plus, mais j'aimerais que vous l'effaciez également de votre CSS. Merci par avance.
Commentaire n°4 posté par Adélie le 01/06/2006 à 21h02


Des articles très pertinents à propos du modèle britannique, trouvés sur le site :


http://travail-chomage.site.voila.fr/index2.htm



Plus d'emplois créés en France qu'en Angleterre en 15 ans


En quinze ans, de 1990 à 2005, la France a créé davantage d'emplois (2 520 000 : +11,25%) que l'Angleterre (1 520 000 : +5,82%). Le modèle libéral britannique n'est donc pas supérieur au modèle social français.


Pour résumer, devant une augmentation semblable de la population en âge de travailler dans les deux pays, la population active a beaucoup diminué en Grande Bretagne (1 210 000) du fait d'un retrait massif d'activité (préretraites et surtout invalidité), permettant une diminution du chômage de 580 000 personnes. En France, la population active a davantage augmenté que la population en âge de travailler (690 000) du fait d'une importante demande d'emploi, entraînant une augmentation du chômage de 520 000 personnes.


Ainsi, si la différence dans le nombre de chômeurs a augmenté en quinze ans entre la France et l'Angleterre, cela n'est pas du aux prétendus mérites du modèle libéral britannique mais à la mise à l'écart d'une partie importante de la population active. Les chômeurs ont surtout été transformés en invalides.


Voir plus de détails, avec tableaux statistiques, à cette adresse :


http://travail-chomage.site.voila.fr/britan/emploi_15ans.htm


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Durée du travail : 32 heures en Angleterre


La durée moyenne du travail, pour l'ensemble des emplois à temps complet et à temps partiel, est de 32 heures par semaine en Grande Bretagne et de 36,28 heures en France.
Ainsi, les français travaillent quatre heures de plus que les anglais chaque semaine.


En valeur ajustée des variations saisonnières, la durée hebdomadaire est en moyenne de 32,1 heures pour l'ensemble des travailleurs britanniques, soit :
37,2 heures pour l'emploi à temps complet,
15,7 heures pour l'emploi à temps partiel.


La durée du travail n'est pas de 35 heures par semaine en France mais de 39,0 heures pour le travail à temps complet ou de 36,3 heures en moyenne pour l'ensemble des emplois à temps complet et à temps partiel. En effet, la durée moyenne des emplois à temps partiel est de 23,2 heures et ceux-ci représentent 17,2 % de l'emploi total. Le calcul se fait donc en tenant compte de l'importance relative de chaque type d'emploi.


Sur l'année, pour 45,4 et 47,0 semaines respectivement, la durée moyenne est :
- en France : 36,3 h x 45,4 = 1 648 heures annuelles,
- en Angleterre : 31,7 h x 47 = 1 489,9 heures annuelles, soit 10,6 % de moins.


Plus de précisions à cette adresse :


http://travail-chomage.site.voila.fr/britan/32h.htm


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On y trouve aussi un article plus ancien :


Le modèle libéral britannique : emploi et chômage (étude de 1998)


http://travail-chomage.site.voila.fr/ancien/model_brita.htm


(tous les textes peuvent être imprimés en entier... ).


Voir aussi le site 
http://www.actuchomage.org

Commentaire n°5 posté par visiteur le 31/08/2006 à 13h13


Dans le même genre, un article très intéressant sur la duperie du modèle danois


Vu sur le site
http://www.actuchomage.org


Danemark et chômage : le modèle danois n'a aucun mérite


En 2004, le Danemark a plus de préretraités (187 200) que la France (139 700) pour une population active dix fois plus faible. Avec les autres mesures de marché du travail, le nombre réel de chômeurs est 2,52 fois le nombre officiel. Le taux de chômage réel devient 14,65 % au lieu d'un taux officiel de 6,38 %. La tromperie est dévoilée.
Avec une évolution de sa population active identique à celle du Danemark depuis quinze ans, non seulement la France n'aurait plus aucun chômeur officiel, mais le chômage réel serait résorbé pour l'essentiel. Et cela sans introduire une plus grande flexibilité des contrats de travail.


Si de plus la France avait eu recours à la même proportion de préretraites que le Danemark (6,78 % de sa population active), le chômage réel aurait entièrement disparu et beaucoup d'emplois à temps partiel seraient redevenus des emplois à temps plein.
Inversement, si la population active du Danemark avait augmenté dans la même proportion qu'en France (+12,1%), tout en créant aussi peu d'emplois (43 600 en quinze ans), le nombre de chômeurs aurait augmenté de 372 500 et le taux de chômage réel serait devenu 24,0 % de la nouvelle population active (après son augmentation).


Comme l'on voit, le succès apparent du Danemark ne doit rien à la flexicurité, mélange de flexibilité et de sécurité (discours bien connu). En fait, le modèle danois n'a aucun mérite pour résoudre le problème du chômage, une fois enlevés les artifices qui cachent le chômage réel et encore moins en tenant compte de la démographie de l'emploi.
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Au Danemark en 2004, pour un nombre officiel de 176 400 chômeurs, 268 300 personnes étaient enregistrées dans les "mesures de marché du travail" (labour market policy measures), des préretraites pour l'essentiel.. Le chômage réel était donc de 444 700 personnes.
La population active étant de 2 766 300 personnes, le taux de chômage officiel était de 6,38 %. Mais, en réintégrant les 268 300 faux inactifs (préretraités ...) dans la population active, celle-ci devenait 3 034 600 personnes et le taux de chômage réel 14,65 %. Ce taux est un minimum, car ne prenant pas en compte les "invalides" pour raisons sociales.


En France en 2005, pour 2 420 000 chômeurs au sens de l'Anpe (catégorie Defm 1) et 2 717 000 chômeurs au sens de l'Insee, le nombre réel de chômeurs en équivalent temps plein était de 4 092 000, soit un taux de chômage réel de 14,53 % (compte tenu de la correction sur la population active) . Pour rester comparable aux données danoises, l'équivalent en chômage des emplois à temps partiel n'est pas pris en compte ici.
Voir l'article Chômage officiel et chômage réel (2005) sur le même site


http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel2005.htm
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Le modèle français est le plus honnête en matière de chômage, ou le moins habile pour en cacher l'étendue, comparé au modèle danois, anglais ou hollandais. Le recours aux préretraites massives est utilisé au Danemark, l'invalidité pour raisons sociales (sans réelle invalidité médicale) est la mesure principale en Angleterre (Royaume-Uni) et aux Pays Bas, ce qui n'empêche pas l'utilisation d'autres mesures pour cacher l'importance du chômage. Dans ces trois pays, le chômage réel est de deux à trois fois plus important que le chômage officiel et se trouve comparable au chômage réel en France.


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Enfin, le Danemark produit et exporte du pétrole et du gaz, ce qui arrange beaucoup les finances publiques et permet de payer un nombre considérable de préretraites pour faire baisser le chômage apparent en diminuant la population active.


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Voir http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_merite.htm
pour un document trés complet et de grande qualité, avec des tableaux statistiques et les sources utilisées. D'autres aspects y sont aussi abordés : indemnités de chômage, coût du travail, durée effective du travail.


> En effet, cela vaut vraiment la peine d'aller voir le document original car tout est bien expliqué avec des informations sérieuses et issues des sources officielles (citées). Le texte peut être imprimé avec tous les traitements de texte (rtf)
.

Commentaire n°6 posté par visiteur le 31/08/2006 à 13h26

Dans un soucis de volonté démocratique, une pétition a été crée pour appeller à une candidature à l'élection présidentielle de Dominique de Villepin.
Nous comptabilisons déja près d'une centaine de signatures provenant de personnes de toute sensibilité politique.
Si vous souhaitez signer cette pétition, vous pouvez la retrouver en cliquant sur le lien suivant:



http://www.bonvote.com/rss.php?s=152500

Commentaire n°7 posté par Lili le 05/03/2007 à 23h32

On entend partout que la présidentielle 2007 se jouera sur la toile ou ne sera pas

 



Interessant ce blog, dans un esprit totalement différent, un site amusant : http://presidentielles-2007.new.fr

 



Ce qu'ils appellent sur ce blog http://webnews.blogspirit.com/web/, la million dollar présidentiable

 


Commentaire n°8 posté par fabrice le 17/10/2006 à 14h47

Voir http://travail-chomage.site.voila.fr/emploi/duree_travail.htm


En faisant la moyenne de tous les emplois, à temps partiel et à temps complet, la semaine de travail est de :


- 36,3 h en France
- 33,8 h aux Etats-Unis
- 33,6 h en Allemagne
- 31,7 h en Grande-Bretagne

Dossier très documenté.

Commentaire n°9 posté par Margot le 12/12/2006 à 12h55

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