Jeudi 16 mars 2006

Le professeur Jacques Marseille vous le dit, la France serait en faillite car sa dette publique atteint le montant quasi-astronomique de 1 100 milliards d’euros. Les libéraux semblent s’attacher beaucoup à faire passer l’Etat pour un agent économique traditionnel à qui on pourrait exiger le remboursement de cette somme du jour au lendemain pour mieux assimiler la gestion budgétaire d’un ménage et celle que l’on serait censé attendre d’un Etat. Quelle impression donne également ce chiffre vertigineux de plus d’un milliers de milliard d’euros pour la plupart des citoyens peu initiés à la macroéconomie et aux finances publiques qui gagnent péniblement dans l’ordre du millier d’euros mensuel ? La propagande catastrophiste des messagers de cette « France qui tombe » est bien rodée, elle aboutit à une comparaison de l’incomparable présentée comme du bon sens. Qu’en est-il de la réalité ? Commençons tout d’abord par donner un sens pertinent à la mesure de la dette publique.

 

Cette dernière se mesure généralement par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB) d’un pays, autrement dit de toute la création de richesses accumulée en une année sur le territoire national. Bien que l’Etat ne dispose pas d’un budget aussi conséquent sauf dans les Etats communistes où est parfois appliquée la règle de Georges Marchais « 100 %, je prends tout », c’est pourtant bien sur ces ressources que l’Etat va porter ses prélèvements obligatoires (qui sont de l’ordre du tiers à plus de la moitié du PIB dans la plupart des pays développés) et destiner une partie de ses recettes au remboursement de la dette.

 

La dette publique de notre pays s’élevait en 2003 à 63,2 % de son PIB. Or que constate-t-on lorsqu’on compare la dette de la France ramenée au PIB à celle de ses collègues Occidentaux ? Et bien nous constatons qu’elle est sensiblement équivalente à la dette des Etats-Unis (62,5 %), ainsi qu’à la dette moyenne de l’Europe des 15 (64 %). Si nous sommes dans la moyenne, cela signifie que certains pays sont moins endettés comme le Royaume Uni avec 39,7 % du PIB (bien que la valeur de leur déficit cumulé s’exprime toujours en milliers de milliards d’euros…) et que d’autres le sont plus, c’est notamment le cas de la Belgique (100 % du PIB), de l’Italie (106,8 %), de la Grèce (108,8 %) ou encore du Japon (157,6 %). Ainsi le poids que représente la dette du Japon malgré son statut de puissance économique et un produit intérieur brut supérieur à celui de la France est 2 fois plus important que chez nous, chacun pourra d’ailleurs vérifier par lui-même que l’île du Soleil levant n’a pas pour autant sombré sous les eaux…

 

La dette est-elle nécessaire ?

 

Le premier constat simple à établir est que tous les pays développés du monde – si on fait exception de quelques paradis fiscaux dont les dépenses publiques se réduisent à peau de chagrin – présentent une dette publique relativement importante comprise entre 30 et 160 % du PIB.

 

L’endettement n’est pas un jeu à somme nulle, lorsque l’Etat contracte un emprunt, il doit, au même titre que n’importe quel emprunteur, rembourser non seulement le montant du crédit mais également les taux d’intérêt qui représente le coût du crédit. Alors quel est l’intérêt ? Le même que celui des ménages ou des entreprises qui empruntent, investir pour détenir une longueur d’avance au présent et rentabiliser à l’avenir. Il est en effet très avantageux, dans un contexte de mondialisation qui tend à exacerber la mise en concurrence des économies nationales, d’acquérir des actifs sans tarder et si possible avant les autres.

 

Mais la particularité de l’Etat qui différencie complètement la gestion de son budget à celle de tout à chacun et qui lui permet en quelque sorte de ne jamais rembourser sa dette est son immortalité. Alors qu’un ménage doit se désendetter au fur et à mesure qu’il vieillit, l’Etat a lui toute légitimité à reporter sa dette sur la prochaine génération, sur plusieurs générations et même à l’infini. C’est la raison pour laquelle les investissements se traduisent généralement à plus long terme par le développement des infrastructures, de la recherche, de l’éducation (des secteurs qui vont jouer un rôle moteur pour la croissance future). L’exemple le plus atypique est sans doute le choix de l’énergie nucléaire qui s’est d’abord caractérisé par des dépenses onéreuses en vue de la construction des réacteurs et qui a finalement permis à la France de produire l’électricité la moins chère d’Europe.

 

Pourquoi maîtriser la dette et comment ?

 

La dette publique ne présente évidemment pas que des avantages, ainsi son augmentation provoque un transfert de richesses toujours plus important des actifs imposables vers les rentiers prêteurs, ce qui ne présente d’intérêt ni économique (ce phénomène est à l’origine d’une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs), ni social (puisque les classes moyennes financent globalement des classes plus aisées). D’autre part, une augmentation significative de la dette entraîne une perte de confiance des prêteurs qui risquent d’exiger des intérêts plus importants afin de palier à une durée probablement plus longue de remboursement. Il est donc important pour un Etat de maîtriser sa dette afin de la rendre soutenable.

 

Comment procéder ? Plusieurs options sont envisageables.

La plus évidente est sans doute la réduction des dépenses publiques, il s’avère que c’est également la plus simpliste car le déficit est à la fois une cause et une conséquence de la croissance. En période de récession, c’est-à-dire lorsque la croissance diminue, les recettes de l’Etat tendent à se réduire ce qui aboutit à une augmentation de la dette. Le secteur privé est moins dynamique, la consommation est faible ainsi que la production, or si l’Etat réduit dans le même temps ses dépenses (autrement dit ses parts de consommation et de production), il provoquera alors une politique pro-cyclique (effet boule de neige qui conduit à l’aggravation des crises économiques). L’Etat doit au contraire mener une politique anti-cyclique pour lutter contre les conjonctures défavorables de l’économie, ce qui nécessite dans un premier temps de creuser le déficit pour palier aux carences des marchés et amortir la crise, puis dans un deuxième temps de s’atteler à rembourser la dette dès le retour à la prospérité, la France a ainsi pu réduire sa dette de 3 points entre 1998 et 2001 pour la ramener au-dessous de 57 % du PIB et ce malgré de nouvelles dépenses (35 heures, emplois jeunes, prime pour l’emploi, etc.) qui ont néanmoins permis de soutenir une croissance qui était alors supérieure à celle de la moyenne Européenne et mondiale.

Par Cyril - Publié dans : democratie-sociale
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