Lundi 26 mai 2008
"Quelles seraient les conséquences de son abolition, réclamée par la droite ? Peut-on parler d'exception alors que la plupart des pays anglo-saxons s'en dotent progressivement ?"

Ce sont les questions posées par l'animateur du forum "Terra Nova". Voici ma réflexion.



Un des grands principes de gauche concernant le travail consiste à dire qu'on ne vit pas pour travailler mais qu'on travaille pour vivre. Eh bien c'est justement ce que permet le Smic, travailler pour vivre et non pour survivre, c'est-à-dire travailler en échange d'une rémunération suffisante pour être en mesure de répondre aux besoins humains les plus évidents (se nourrir, se vêtir, se loger, se déplacer, communiquer et profiter d'un minimum de loisirs).

Alors oui, je crois que la suppression du Smic permettrait de réduire le chômage, mais pour combien de travailleurs pauvres ? Or à un moment donné, on est bien obligé de se poser la question suivante : quel est le phénomène le plus grave, le chômage ou la pauvreté ? La réponse d'un Homme de gauche découle du principe que j'ai cité en introduction...

Je ne pense pas que la remise en cause du Smic soit une idée à la mode aujourd'hui, car avec la hausse des matières premières et de l'énergie, le coût de la vie est de plus en plus cher et les gens se rendent bien compte qu'il devient impossible de vivre seul avec un salaire qui serait inférieur au Smic, compte tenu de cette inflation galopante.

Après, la question de l'augmentation du Smic est bien plus délicate, car si une grande majorité peut se retrouver sur l'existence du Smic, il en sera autrement pour déterminer la valeur de ce Smic, parce que les intérêts légitimes des salariés (faisant valoir le coût de la vie) et des entreprises (faisant valoir le coût du travail) s'opposent et parce qu'il existe des moyens complémentaires au Smic pour augmenter les ressources des salariés modestes tels que la Prime Pour l'Emploi ou le Revenu de Solidarité Active qui sont des dispositifs financés par l'Etat et plus seulement par les entreprises. D'ailleurs, même le Smic est en grande partie financé par l'Etat dans la mesure ou des réductions de cotisations patronales sur les bas salaires compensent à la faveur des entreprises l'évolution du salaire minimum. C'est ainsi dans un contexte de compétition mondiale largement alimenté par la mondialisation, les gouvernements sont incités à "épargner" les entreprises.

Quant à l'idée d'un Smic Européen, elle est bonne et elle doit être défendue par la gauche, évidemment, il ne s'agirait pas de fixer un seuil monétaire fixe pour toute l'Europe (ce dont la droite nous avait déjà accusé) mais de proposer que dans chaque pays membre de l'UE, le Smic représente par exemple 50 % du revenu moyen national des travailleurs (ce qui correspond au seuil de pauvreté le plus souvent retenu).
Par Cyril - Publié dans : democratie-sociale
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